sanskrit


Patanjali Yog Darshan

ou les
Yog sûtras de Patanjali

Patanjali, vue d'ensemble

Samaadhi Paad, chapitre 1, verset 12

Vairaagya, le non-attachement

Patanjali Yog Darshan
Vue d'ensemble

La philosophie Patanjali Yog Darshan représente une pensée irréprochable pour tous ceux qui se trouvent sur la voie de la transformation, de l'émancipation. Assurément, Patanjali s'exprime avec pragmatisme, bien qu'il décrive une réalité abstraite, celle de la conscience humaine et son potentiel. On ressent l`expérience directe qu'il eut, qu'il comprend l'aspirant et le dirige avec compassion.

Patanjali nous mène graduellement au-delà de la dualité, au-delà du sens de séparation entre toutes les formes de l'univers. Il décrit l'univers comme étant unique, Kaivalya, mais il reconnaît simultanément l'incapacité initiale de la conscience humaine à percevoir cela, étant enfouie dans la nuée de l'ignorance. Chaque verset du Patanjali Yog Darshan porte donc une importance égale, menant l'intellect vers sa source, vers le calme et la lucidité de la conscience pure.

Chaque individu poursuit une ambition qui lui est propre; néanmoins Patanjali affirme que le désir actuel et fondamental de chacun est identique : nous désirons vivre avec satisfaction. Voici pourquoi ce manuel demeure d`un intérêt contemporain, car depuis toujours l'humanité cherche satisfaction, et cette recherche ne cessera que lorsqu'elle l'obtiendra. Plusieurs mouvements philosophiques et religieux eurent un objectif analogue. Inspiré par la philosophie de l'unité, le Vaidant, de grands mouvements furent développés ayant un objectif similaire : la satisfaction.

Les Sages d'autrefois affirmèrent d'une voix unanime que cette satisfaction ne naîtra à bon escient que lorsque nous percevrons l'univers entier comme étant une seule et grande famille universelle. Vaidant signifie en Sanskrit : Vaid, la connaissance, et ant, l'ultime, la fin, l'apogé, donc la Connaissance ultime. Patanjali s'est inspiré de la philosophie Vaidant, tout comme le furent les autres Darshans (7 systèmes philosophiques appelés Darshan, incluant Patanjali, et Vaidant, la plus ancienne de ces philosophies). Il appuie subséquemment ce principe d'unité, car son objectif est Kaivalya, l'esseulement, la vie universelle, seule, unique et omniprésente. Pour parvenir à cette réalisation – qui se doit d'être fondée sur l'expérience directe – il est essentiel d`entreprendre un cheminement qui transformera notre conscience humaine de la confusion à la concentration, soit vers le bien-être, le bonheur.

Patanjali explique la nature même de l'expérience. Grâce à l'attention dont le pouvoir infinitésimal ne cesse de nous étonner, l'individu se tourne sur lui-même ; il parvient par conséquent à une réalisation identique, car la vérité est unique. Même si les voies utilisées varient, le résultat mène à la Conscience pure, au Sujet-Connaissant, à la source même de notre existence et de notre conscience. Cette source représente notre ultime objectif, car en elle se recouvre clarté, stabilité, bonheur. En effet, la conscience humaine se libère des préceptes qu'elle véhicule lorsqu'elle remonte vers sa source, le silence intérieur. Le deuxième verset du premier chapitre : Yogash Chitt Vritti Nirodhaha explique tout. Lorsque le vagabondage des pensées s'apaise, l'état de Yog, de l'unité, est atteint. Une pratique régulière de la méditation, ainsi que l'étude de merveilleux textes comme celui de Patanjali mènera vers cette vision, vers cette unité.

Avec brillance, Patanjali explique qu'il est essentiel de prendre du recul face à nos émotions, à notre univers individuel mental, qu'il faut parvenir à se détacher de nos obsessions égotiques pour parvenir à la clarté mentale. Ritambhara Pragya (en sanskrit, de rit - vérité - et pragya - connaissance) est cette capacité de faire la distinction entre le mental, ses expériences, et la Conscience pure. De cette capacité de discernement véritable entre les perceptions, l'univers éphémère des émotions et conceptions, et la Conscience stable, immuable et éternellement calme vient l'ultime réalisation.

Lorsque l'individu se désidentifie d'avec ses pensées, lorsqu'il se tourne vers leur source, il réalise ainsi l'état nommé Vritti Nirodh, le calme intérieur, un état de concentration absolu. Il se détache donc de son propre mental pour s'unir à la vie sous son aspect le plus pur et absolu. De ce niveau de conscience il ne perçoit plus que l'unité, il réalise l'unité dans la diversité. Cette vérité est inévitable, unique, éternelle.

Un intarissable intérêt m'absorbe par rapport à ce texte, depuis près de 20 ans. Un séjour prolongé en Inde me permit d'étudier ce texte directement à partir du sanskrit, et de consulter sur place des érudits en philosophie et en sanskrit. Je désire particulièrement remercier Rae Resels, avec qui je partage un grand intérêt pour la vérité, ainsi que pour la pensée de Patanjali. Nous nous sommes rencontrées régulièrement pendant près de 10 ans pour parvenir à un standard que nous considérons adéquat tant qu'à la mélodie du chant des versets ainsi que de l'interprétation du texte.

Lynne Cardinal ©
Ottawa, novembre, 2000

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Samaadhi Paad, chapitre 1, verset 12

1.12 Abhyaas vairaagyaabhyaam tan nirodhaha


« Nirodh, la cessation des perceptions mentales, l’état de conscience pure, est atteint par l’entremise d’abhyaas, la pratique constante de la méditation, ainsi que par vairaagya, l’état sans désirs. »

Patanjali, l’éminent sage d’autrefois, s’adresse à tous les êtres humains, et de tous les temps, par l’entremise de versets philosophiques concis (sûtras) nommés les Yog sûtras, un texte qui existe depuis des milliers d’années. En effet, nous possédons toujours, même au 21ième siècle, ce même désir de connaissance et de vérité, ce sens inné de notre nature véritable, libre et éternelle.

Patanjali était inspiré par l’Écriture ancienne védant, un des plus anciens systèmes de pensée du monde qui fait partie des védas. La philosophie védant affirme que la séparation entre tous les peuples, entre tout ce qui existe, est illusoire, et que nous sommes tous essentiellement interreliés. La racine étymologique du mot sanskrit «védant », est « véd » « connaissance » et « ant », l’objectif ultime. Donc védant a pour objectif la connaissance ultime de soi, du monde, du mental, de tout ce qui existe. Pourtant Patanjali rajoute à ces merveilleuses pensées un angle pragmatique essentiel, celui de la transformation de la conscience dualiste et égocentrique en conscience pure (Nirodh). Voici l’aspect le plus important des Yog-sûtras, la transformation de la conscience humaine en conscience unifiée, en une conscience libre des illusions qui couvrent la vérité.

Pourtant, certains auteurs et conférenciers contemporains font des efforts pour promouvoir une pensée contraire à celle de Patanjali. Leur objectif est de se libérer de la pratique ainsi que de l’objectif de cette pratique, car ils y décèlent une dualité lourde et encombrante. Ils désirent donc inspirer un regard clair sur la vie, sur l’existence, pour ainsi la découvrir véritablement. Ceux-ci disent que seul un regard décontracté, une maturité de la perception, mène à la libération. Pourtant cette maturité peut-elle exister sans pratique, sans effort, sans la transformation graduelle de notre être entier? Les alchimistes d’autrefois utilisaient la métaphore de la transformation du métal en or. De même, la pensée de Patanjali se fonde sur le Tapasia, soit des efforts qui nous transforment profondément aux niveaux physique, émotif, mental et spirituel.

Mon expérience personnelle est que nous portons tous des mémoires conscientes et subconscientes et que seule une pratique ayant un objectif défini peut lever le voile des illusions. De cette transformation naît un regard authentique sur la vie, nous libérant des complexités de la nature humaine. Indéniablement, une pratique régulière fondée sur de la patience transforme notre corps et notre esprit. Il me semble qu’il est impossible de parvenir à une vision véritable sans effort, car le voile du mental demeure présent, même si, parfois, il ne semble ni tangible, ni évident.

J’ai rencontré plusieurs « gurus » et « maîtres » contemporains qui affirmaient sans hésiter qu’ils incarnaient naturellement une vision suprême, voire supérieure à tous. Pourtant, je n’ai vu aucune exception à date en ceux qui se vantaient d’une telle perfection : tous finirent par faire des faux pas, parfois même d’une amplitude catastrophique! Il ne s’agit que de regarder derrière les façades multicolores qu’ils montent pour y découvrir que ceux qu’ils ont attirés sont exploités. Patanjali fait souvent référence à l’importance de la pratique de « vairaagya », ou du détachement, d’un état libre de passion et de désir, qu’il considère comme voie essentielle pour la purification de la conscience humaine. Dans notre société matérialiste, on a plutôt tendance à tenter de satisfaire nos désirs, par tous les moyens possibles. Cependant, si l’on porte un regard attentif sur l’origine de la satisfaction, on perçoit qu’elle ne réside pas au niveau de nos désirs multiples. Bien au contraire, le détachement, cet état sans désir, et la sagesse, ne sont que les seuls états aptes à nous satisfaire véritablement.

L’intégrité qu’inspire des textes comme ceux de Patanjali n’est pas un obstacle à notre évolution, au contraire, car lorsqu’on s’y appuie, on y retrouve une grande force intérieure. Mes 30 ans de pratique ne font que confirmer ce fait. Et je perçois toujours le mouvement de cette grande évolution, car il n’arrêtera jamais. La purification de notre conscience humaine anime un infini potentiel. En ce mouvement de l’évolution réside une grande satisfaction, un grand bonheur. Pour rejoindre les principes philosophiques ésotériques, un chemiment se doit de prendre place, fondé sur de l’intégrité et de la persévérance. Un sens de compassion s’en écoulera, envers soi-même et autrui qui imprégnera notre vie. De cette perspective, le grand voyage de notre existence demeure fascinant, chaque étape contenant des enseignements riches et inspirants.

Ce cheminement demeure pourtant unique pour chacun d’entre nous, selon nos mémoires et notre apprentissage personnel. Cependant, les techniques essentielles ne changent pas, et elles ne changeront jamais car elles s’appliquent à tous, nous transformant d’un niveau fondamental. Notre société présente a un grand besoin de directives et d’information sur la nature même de la conscience humaine et son potentiel. En effet, on retrouve dans la pratique spirituelle une grande satisfaction, car on perçoit les fabuleuses transformations qui en découlent. Ainsi, on a le merveilleux sentiment d’évoluer, améliorant notre vie de l’intérieur, de façon graduelle et naturelle.

Lynne Cardinal ©
Le 11 août, 2003

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Vairaagya (le non-attachment)
Selon Patanjali

Nous pouvons aisément comprendre que la joie et la tristesse sont des émotions de nature transitoire. Tout ce qui existe subit l’influence d’une fluctuation constante, leur existence étant momentanée. Il demeure donc essentiel de méditer sur le non-attachement. Le Vairaagya n’implique pas l’abandon de nos relations, ni de notre travail, non plus de se réfugier dans la forêt ou dans un monastère. Il ne s’agit que de saisir que la nature de l’univers est transitoire, et par conséquent, nous désirons réaliser que notre Être intérieur réside derrière le sens du “Je” et de l’attachement, et que lui seul nous offre de la stabilité. En effet, dans notre essence, on retrouve une dimension de stabilité que rien n'affecte.

Les quatre niveaux du non-attachement :

1- Devenir conscient du fait que notre mental est malléable, qu’il transporte des idées et concepts, des mémoires (bonnes et mauvaises, et leurs effets) ainsi que du potentiel qui repose en nous. Ici débute la pratique de la méditation.
2- Après quelques temps, la pratique de la méditation nous transforme et nous devenons plus sensibles et conscients. L’ignorance et ses manifestations deviennent plus évidentes. Ce fait est inévitable.
3- Si nous persévévons, nous réalisons un fait puissant: le monde entier réside dans notre esprit. De là, nous débutons une pratique personnelle, en acceptant que chaque individu a une leçon à apprendre qui lui est propre, une voie à suivre. Nous travaillons dès lors sur nous-même, sur notre propre état de conscience, plutôt que de travailler sur celle des autres (!). Nous saisissons que nous pouvons faire une différence si nous vivons avec plus de conscience, avec un état de conscience plus équilibré. Ainsi nous
devenons une source d’inspiration pour notre famille et nos proches, et nous parvenons simultanément à apprécier notre vie, avec satisfaction.
4- Et si l’on persévère sur la voie du non-attachement, nous atteignons un état de maîtrise, de sagesse, là où séjourne le contentement. La joie demeure donc, en fait elle augmente, car elle est inspirée d’une clarté et d’un équilibre intérieur.

Il ne faut surtout pas faire l’erreur d’associer le non-attachement à l’austérité, à un état de froideur ou d’insensibilité. Lorsque nous progressons et que nous atteignons une maîtrise accroîssante, nous voyons que nous n’avons renoncé qu`à l’indésirable, nous nous sommes libérés de besoins ou de désirs imaginaires.

L’état de non-attachement n’est pas de l’indifférence, nous ne le dirons jamais assez souvent. Certains rejettent parfois l’objectif de cette philosophie, la qualifiant d’inhumaine ou d’égoïste car ils imaginent qu’il s’agit d’une voie qui rejette tout,ayant un objectif égoïste : sa propre libération.

Il est important de comprendre que le résultat de cette partique est l’approfondissement suprême d’un amour et d’une compassion véritable.

Quelle est la façon la plus facile d’obtenir le non-attachement? Il ne faut qu’entamer une pratique régulière de la méditation. Cette vie introspective mène graduellement à la force intérieure, à l’éveil de la conscience. Dès lors, le moment présent est saisit dans toute sa plénitude. Loin d’engendrer de l’indifférence, notre amour pour ceux qui nous entourent est inclu dans notre objectif.

Lynne Cardinal, juin 2002©

Le centre Kaivalya
(613) 721-7888
kaivalya@sympatico.ca

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